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LES MAHUZIER EN AFRIQUE
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CONTEXTE HISTORIQUE GÉNÉRAL DE
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Fondations |
Année |
Écoles |
Moniteurs indigènes |
Élèves: G-F |
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Marienberg Kribi Edéa Engelberg Douala Grand-Batanga Yaoundé (Mvolyé) Ikassa Einsiedeln Victoria Ngovayang Dschang Ossing Minlaba Deido |
1890 1891 1891 1894 1898 1900 1901 1906 1907 1908 1909 1910 1912 1912 1913 |
20 12 32 5 24 7 34 12 5 15 17 8 13 1 |
21 12 34 5 30 9 41 12 3 16 17 8 12 3 |
741 48 780 60 3.508 117 235 68 1.907 301 405 37 5.439 260 543 31 375 15
1.306 15 1.124 180 430 1.365 26 260 |
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TOTAL |
204 |
223 |
19.576 |
* Voir le livre de NGONGO, Histoire des forces religieuses au Cameroun. Paris, Karthala, 1982. nn. 69-199.
Au moment donc où les Allemands sont sur le point de lâcher le Cameroun, la situation scolaire se présente de la manière suivante :
833 élèves pour les écoles publiques,
3.000 élèves pour les écoles baptistes,
9.000 pour les écoles presbytériennes,
19.576 pour les écoles catholiques et
23.000 pour les écoles luthériennes.
Cette période a été marquée par trois grandes congrégations missionnaires : les missionnaires du Saint-Esprit qui prennent la relève dans la partie orientale : dans le Littoral, au Sud, au Centre et à l’Est ; Les missionnaires du Sacré-cœur qui continuent l’évangélisation des territoires allant de la rive droite du Wouri au pays bamiléké ; et les Oblats de Marie-Immaculée qui plus tard, en 1946, prennent le Nord-Cameroun, qui jusque là était considéré comme zone de l’Islam.
La question de la réouverture des écoles du Cameroun a été une urgence pour la France et ce dès la fin de la re- conquête du territoire en 1916. Il s’agissait pour la France de procéder le plus rapidement possible à la « dégermanisation » du Cameroun. Et pour « franciser » le territoire, il fallait s’appuyer sur les écoles. Le laïcisme français était cependant en butte à un problème : Les Allemands avaient presque laissé le mono- pole de l’éducation des indigènes aux missions chrétiennes. Le poids de cette éducation était considérable. Le Général Jules AYMERICH, Commandant des troupes françaises de la reconquête du Cameroun réalisa bien vite que la France ne pouvait continuer la scolarisation des indigènes sans l’aide des missions chrétiennes. Il chargea alors le Père Jules DOUVRY, aumônier militaire français et premier Administrateur Apostolique du Cameroun (après le dé- part des Allemands) de la réouverture des écoles catholiques. Le Père DOUVRY fit organiser un stage d’une durée de 8 mois pour les anciens moniteurs indigènes de la période allemande. Il ne pouvait en être autrement, d’autant plus qu’il manquait du personnel missionnai- re. Au cours de ce stage, les moniteurs furent recyclés à l’école française. Un examen de fin d’apprentissage « examen des moniteurs » sanctionna la formation. La plupart des moniteurs qui avaient servi dans les écoles catholiques au temps des Pallottins reprirent du service. De 1916 à 1933, il fut question de revoir les programmes à la « française ». Évidemment le contexte politique imposa que la France remplaçât l’Allemagne comme centre d’intérêt des études du cycle primaire.
Ainsi en plus de l’étude de la Langue : grammaire et vocabulaire du français, étude des textes, il fallait apprendre aux indigènes, l’histoire, la géographie de la France, tout cela était complété par des rudiments de calcul et de science d’observation. Les écoles catholiques y ajoutaient naturellement le catéchisme. Le cycle d’études primaires pas- sa de 5 à 6 ans. Les résultats au certificat de fin d’études primaires évoluaient en dents de scie. En 1933, ce fut la catastrophe dans les écoles catholiques. Le tableau des résultats se présentait de la manière suivante :
Écoles presbytériennes 28/45
Écoles publiques 36/75
Écoles protestantes françaises 8/30
Écoles catholiques 1/24
Le signal d’alarme fut donné et Monseigneur GRAFFIN édicta des règles à observer dans les écoles catholiques. Les sessions pédagogiques et les retraites spirituelles des moniteurs ne furent plus considérées comme des activités accessoires, mais comme devoir pour tout enseignant dans les écoles catholiques. Peu à peu l’ordre de l’enseignement catholique reconquit ses lettres de nobles- se. On pouvait alors enregistrer en 1944, les résultats suivants au Certificat de fin d’études primaires : 289 candidats reçus dans les écoles publiques, 226 dans les écoles catholiques et 136 dans les écoles protestantes. Le souci de la qualité des enseignements dans les écoles catholiques sera la préoccupation constante chez les divers responsables de cet ordre.
La naissance de l’enseignement du second degré dans le Cameroun français
Une fois de plus, l’Eglise tint à se démarquer du pouvoir colonial en donnant une orientation plus spécifique à sa politique scolaire. L’administration française n’avait pas eu l’ambition d’aller plus loin que les Allemands en ce qui concerne la scolarisation des indigènes, bien que les textes réglementant le mandat, puis la tutelle de la France au Cameroun condisérassent l’éducation des indigènes comme une tâche prioritaire.
Ce n’est qu’en 1927 que l’administration coloniale songea à mettre en place à Yaoundé une école primaire supérieure dont le but était d’ailleurs de fournir des auxiliaires à l’administration dans les domaines de la santé, des postes et de l’agriculture. Pour sa part, réalisant la nécessité d’approfondir l’éducation et l’instruction des indigènes, l’Eglise mit en place à Yaoundé, dès l’année 1923, un petit séminaire qui en fait, fut le premier établissement d’enseignement du second degré dans le Cameroun français. C’est de cet établissement complété en 1927 par le Grand-Séminaire que sortiront le 8 décembre 1935, les huit premiers prêtres camerounais à savoir André MANGA, Jean TABI, Théodore TSALA, Tobie ATANGANA, Simon MPECKE, Joseph MELONE, Jean-Oscar AOUE et Oscar MISOKA.
Certes dans l’esprit de la hiérarchie catholique, cette œuvre visait avant tout d’avoir des pasteurs camerounais, au service de l’évangélisation du Cameroun. Mais l’on ne doit pas perdre de vue que l’évangélisation n’étant pas désincarnée, elle générait l’épanouisse- ment des populations concernées. Des prêtres camerounais, cela signifiait aussi des agents du développement du Cameroun. D’ailleurs l’administration coloniale française s’accommoda mal de cette initiative. Robert DELAVIGNETTE n’appréciait pas – et non sans raison – la formation des prêtres indigènes. Ceux-ci allaient-ils rester indifférents au phénomène colonial avec son cortège d’injustices et d’exploitation malhonnête du pays ?
Dans tous les cas, les prêtres indigènes remirent en question l’ordre colonial qui prévalait au Cameroun. L’abbé Jean TABI n’avait jamais caché ses sentiments anti-impérialistes. Ceci lui valut d’ailleurs des difficultés avec les autorités coloniales, mais aussi, et assez étonnamment, avec ses propres supérieurs.
L’Eglise dépassa le souci de former des prêtres camerounais, pour amorcer aussi la formation approfondie des laïcs dans des institutions appropriées. Au Cameroun britannique, le Collège Saint Joseph de Sasse voyait le jour en 1939. Au Cameroun français, malgré les difficultés de personnel, le Collège Vogt vit le jour en 1947, à Efok grâce à l’association AD LUCEM, et sera transféré à Yaoundé en 1952.
Dans la partie septentrionale du Cameroun français, le Collège de Mazenod fut bien accueilli à Ngaoundéré. Dans toute cette partie ne fonctionnait qu’un petit lycée à Garoua.
Mais s’il faut se féliciter des efforts déployés par l’Eglise en vue de la scolarisation du Cameroun, l’on ne saurait éviter de relever une difficulté d’ordre sociologique : La scolarisation des jeunes filles.
Les statistiques sur l’œuvre scolaire au cours de la période missionnaire des Pallottins montrent un grand déséquilibre entre la proportion d’élèves garçons et la proportion d’élèves filles. Ce déséquilibre fut encore observé au cours de la période missionnaire française. L’explication de ce déséquilibre relève de la vision sociologique de la femme en Afrique noire. La femme au regard de la tradition africaine doit tout au long de son enfance se préparer au mariage. Il incombe d’ailleurs à sa mère de la préparer à ce mariage en l’initiant à la cuisine, au ménage, aux travaux champêtres, en somme à tout ce qu’une femme doit faire dans son foyer. D’autre part, les parents de la jeune fille savent que cette dernière au moment de son mariage leur rapportera une dot plus ou moins consistante selon les moyens du prétendant. Donc la nécessité d’envoyer les filles à l’école ne se posait pas. Pour être initiée à sa future responsabilité d’épouse, la jeune fille n’avait pas besoin d’aller à l’école. En plus, les parents ne voyaient pas pourquoi ils devaient dépenser leur argent pour la scolarisation de leurs filles alors que légitimement, ce sont ces dernières qui devaient leur procurer par la dot des conditions d’améliorer leur cadre de vie. On pourrait ajouter à la décharge des parents, que l’école occidentale, surtout catholique éloignait la jeune fille indigène du mariage et la rendait « désobéissante ». Elle l’éloignait du mariage, parce que très souvent la jeune fille était tentée de prendre pour modèle la religieuse qui vivait dans le célibat.
Elle la rendait « désobéissante » en raison des enseignements qui y étaient dispensés et qui faisaient valoir que la femme et l’homme étaient égaux en droits et en devoirs.
La condition de la femme indigène fit appel à une pastorale appropriée. Dans un premier temps, les missionnaires pensèrent à créer des sixas (le mot dérive probablement de Schwester ou de Sister qui signifie sœur), des centres d’éducation populaire de la femme en vue de sa préparation au mariage chrétien. Mais les abus constatés çà et là, les agressions dont les Pères étaient souvent victimes de la part des jeunes fiancés qui ne voyaient pas la raison de garder leurs futures épouses dans ces institutions, (le Père De MAUPEOU fut assassiné pour cette œuvre à Mfoumassi en 1932), poussèrent les Pères à surseoir à cette œuvre. Mais il n’était pas question de laisser la femme indigène dans son ignorance. Les missionnaires exhortèrent alors les parents à inscrire leurs filles dans les écoles et leur firent savoir tout le bien que cela ferait à la société. Car entre l’homme et la femme, il ne devait pas y avoir de relation de rivalité, mais plutôt de complémentarité. Au début, seules les familles évoluées acceptaient de laisser leurs filles s’inscrire dans les écoles catholiques. Après la 2nde guerre mondiale on enregistrait avec satisfaction un nombre croissant des effectifs féminins dans les écoles.
Le tableau ci-après nous permet de mieux apprécier la situation. Il donne les statistiques de l’enseignement du premier degré des écoles catholiques en 1951.
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V.A. de Ydé(*) |
V.A. de Dla |
V.A. Fban |
V.A Doumé. |
P.A. Garoua(*) |
Total |
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Écoles des garçons |
42 |
24 |
19 |
9 |
7 |
101 |
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Écoles des filles |
23 |
7 |
3 |
1 |
34 |
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Écoles de brousse |
185 |
120 |
144 |
29 |
2 |
180 |
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Maîtres européens |
39 |
16 |
20 |
5 |
8 |
88 |
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Maîtres africains |
779 |
460 |
418 |
36 |
3 |
1.696 |
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Élèves |
29.884 |
20.969 |
18.565 |
2.755 |
343 |
72. 516 |
V.A. = Vicariat Apostolique, P.A. = Préfecture Apostolique.
Une analyse succincte permet de relever qu’en dehors de Yaoundé et de Douala où les progrès sont significatifs, bien qu’encore modestes, l’éducation des filles reste à promouvoir. Quant aux écoles de brousse, elles étaient le plus souvent mixtes, mais il ne faut pas se faire d’illusions, la proportion des filles qu’on y retrouvait était très faible par rapport à celle des garçons.
En 1960, l’enseignement catholique du premier degré comptait 159.515 élèves dont 104.978 garçons et 54.537 filles sur un total national de 356.093 élèves. Ce résultat fut encourageant. Le taux de scolarisation des jeunes filles dans les écoles catholiques était de 50% environ par rapport à celui des garçons. Il était le plus élevé de tous les ordres d’enseignement primaire au Cameroun, au moment de l’indépendance.
L’Eglise manifestement a pris des options qui ont porté des fruits : Scolarisation des couches sociales les plus démunies, promotion de l’éducation de la femme camerounaise.
Pour voir clair dans l’octroi des subventions au fonctionnement des écoles privées au cours de la période du mandat et de celle de la tutelle, il est important de relever deux faits :
Depuis 1905, une loi en France avait consacré la séparation de l’Eglise et de l’État. Il y eut alors en France l’émergence d’une politique laïciste teintée d’anticléricalisme. Cette politique laïciste eut des répercussions évidentes sur la colonisation française en Afrique.
Pour ce qui est du cas particulier du Cameroun, le décret du 23 mars 1921 accordait une autonomie financière au territoire sous l’autorité du Gouverneur. Ce décret dont il n’était vraiment pas question de se réjouir, signifiait que le territoire ne devait pas compter sur les financements de la métropole, par conséquent il fallait trouver sur place les sources de financement de différentes activités.
Au moment où AYMERICH demande la réouverture des écoles catholiques en 1916, rien n’est prévu pour le fonctionnement de celles-ci. Les aumôniers militaires heureusement peuvent encore compter sur leurs salaires et les primes qu’on leur alloue pour des raisons diverses. Les moniteurs qu’on vient de recruter sont moins bien payés par rapport à l’époque missionnaire allemande. Ce qui n’eut d’autre effet que d’accroître le sentiment de germanophilie qu’éprouvaient beaucoup de Camerounais, dont surtout les moniteurs. Avec le traité de paix en 1919, les Aumôniers cessent d’être payés. La situation se complique. Il faut trouver d’autres ressources. Les relations entre l’Eglise et la nouvelle administration sont troubles. Les biens des anciens missionnaires allemands ont été placés sous séquestre. Les missionnaires catholiques les revendiquent, mais l’administration fait la sourde oreille. L’activité missionnaire est paralysée. Il faudra attendre l’arrivée de Mgr VOGT en 1922 au Cameroun pour que sous la pression de la métropole, l’administration en poste au Cameroun consente en 1926 à céder ces biens aux conseils d’administration des missions chrétiennes. Mgr VOGT, pour faire fonctionner les écoles, compte sur le denier du culte et les subventions diverses reçues des organismes et associations internationaux. Ce fut là une solution précaire qui ne pouvait durablement garantir le fonctionnement des écoles. La France dut reconnaître le caractère d’utilité publique de l’enseignement privé. Elle se sentit donc dans l’obligation de le soutenir financièrement en vertu des accords du Mandat. Mais l’attribution des subventions n’était pas une obligation formelle pour l’administration coloniale. Elle subordonna d’ailleurs l’attribution de ces subventions aux prévisions budgétaires annuelles. En raison de l’autonomie financière du territoire, le budget était alimenté par la fiscalité et l’exploitation des autres ressources du pays. Ainsi jusqu’à la fin de la 2nde guerre mondiale, l’attribution des subventions dépendait de la bienveillance du gouverneur. Il fut des années où celles-ci ont été purement et simplement supprimées. En 1945, par exemple, aucun franc ne fut alloué aux écoles privées. Le Vicariat de Douala, le plus sensible à l’époque qui s’attendait à recevoir 600.000 F, fut dans l’impossibilité de traiter convenablement son personnel enseignant constitué de 18 moniteurs diplômés, 72 maîtres certifiés et de 372 aides moniteurs.
Les enseignants furent donc tentés d’intégrer le mouvement de grève qui sévit cette même année, faisant des victimes au sein de la population européenne et de la population africaine. Elle fut déclenchée et réprimée dans la violence, du 24 au 25 décembre 1945.
Au lendemain de la guerre, un nouveau visage politique fut imprimé à l’Afrique française. Les premières Assemblées apparaissent. En 1946 naît l’ARCAM (Assemblée Représentative du Cameroun), en 19521’ATCAM (Assemblée Territoriale du Cameroun) et en 1957 sous l’impulsion de la loi-cadre de 1956, naît l’ALCAM (Assemblée Législative du Cameroun). C’est au sein de ces Assemblées que sera débattue la question des subventions à allouer aux écoles privées. Le montant de l’enveloppe dépendait du vote des députés. Dans tous les cas, le montant ne donnait pas satisfaction à la Direction de l’enseignement catholique qui plaidait en faveur de la justice sociale.
En 1952, on avait adopté 560 millions de francs pour 26.059 élèves de l’enseignement public, 220 millions pour 133.426 élèves de l’enseignement privé. En d’autres termes, un élève dans le public coûtait 21.500 F et dans le privé, il coûtait 1.700 F. Or les résultats la même année au Certificat de fin d’études primaires ont été les suivants :
Enseignement officiel : candidats 1.061, reçus 348
Enseignement catholique : candidats 1.319, reçus 422
Enseignement protestant : candidats 1.252, reçus 394
Autres: candidats 147, reçus 26
Le déséquilibre était donc trop flagrant entre l’enseignement public et l’enseignement privé qui pourtant poursuivaient les mêmes buts en dépit de leur divergence doctrinale. Au regard de ce qui précède, on comprend aussi la différence de traitement au niveau des salaires entre les enseignants du public et ceux du privé.
C’est en 1950 que Mgr BONNEAU, au nom de tous les Vicaires Apostoliques du Cameroun, attira l’attention du Président de l’ARCAM sur la nécessité de réduire, voire de supprimer le déséquilibre salarial entre les enseignants du public et ceux du privé. Cette situation était préjudiciable à l’enseignement catholique qui en 8 ans avait perdu 70 moniteurs diplômés. Or la situation au Togo – qui avait le même statut que le Cameroun – était nettement meilleure. Un moniteur certifié au Togo gagnait environ 3.000 F par mois, alors qu’au Cameroun il touchait 1.775 F par mois (valable pour l’année 1950). Les familles camerounaises sollicitaient d’ailleurs massivement les écoles catholiques pour la qualité et le sérieux de l’encadrement. En témoignent encore ces résultats au Certificat de fin d’Études Primaires en 1957.
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Écoles publiques : |
candidats |
Garçons Filles |
2.412 388 |
Reçus 1.094 Reçus 160 |
soit 45% soit 41% |
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Écoles catholiques : |
candidats |
Garçons Filles |
2.801 344 |
Reçus 1.398 Reçus 186 |
soit 49% soit 54% |
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Écoles protestantes : |
candidats |
Garçons Filles |
1.546 238 |
Reçus 572 Reçus 58 |
soit 37% soit 24% |
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Écoles adventistes : |
candidats |
Garçons Filles |
82 5 |
Reçus 32 Reçus 1 |
soit 38% soit 20% |
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Écoles laïques : |
candidats |
Garçons Filles |
487 35 |
Reçus 150 Reçus 16 |
soit 30% soit 45% |
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Candidats libres : |
candidats |
Garçons Filles |
4.162 352 |
Reçus 1.185 Reçus 97 |
soit 27% soit 27% |
En toute logique, on comprend que l’école catholique soit préférée aux autres écoles par les familles camerounaises et européennes. Vu le caractère privé de cette école, il est tentant de se poser la question de savoir si les taux d’écolage ne pouvaient permettre de combler le déficit du budget de fonctionnement et d’entretien, afin de faire justice aux enseignants. Poser une telle question, c’est ignorer l’essence même de cet ordre d’enseignement. Au cours de la période coloniale, les taux d’écolage dans les écoles primaires étaient étudiés de façon à permettre une plus grande scolarisation des enfants issus des familles les plus démunies.
Nombreuses étaient les écoles qui ne percevaient pas grand chose, parce qu’on retrouvait parmi les élèves, beaucoup d’orphelins et d’enfants abandon- nés qui eux aussi avaient droit à l’éducation et à l’instruction.
La scolarisation était donc presque gratuite dans les écoles primaires des missions catholiques. Il n’y a pas lieu de s’en étonner. Bien qu’il s’agisse d’un enseignement privé, la mission de l’Eglise ne consiste pas à monnayer des services de façon à faire des bénéfices, et ce au détriment des populations pauvres. On peut aussi relever que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule la gratuité de l’enseignement du premier degré. Voilà pourquoi la question des subventions est restée un grand sujet de discussion entre l’Eglise et les pouvoirs publics.
Depuis l’indépendance, deux principales lois(*) ont essayé de résoudre le problème. La loi de 1976 (N’76/15 du 8 Juillet) a subordonné la répartition des subventions aux résultats de chaque établissement aux examens officiels, à la nature de ses infrastructures et à son classement dans une des catégories, A,B,C,D,E. En plus, il a été question de tenir compte de la qualification et du statut du personnel enseignant. Cette loi laisse à l’État la latitude de fixer les taux d’écolage, de pension et la grille des salaires des enseignants. Si dans son essence, la loi reconnaissait le principe d’utilité publique de l’enseignement privé, elle cautionnait délibérément ou non l’injustice sociale, en ce sens que les attentes des enseignants du privé étaient loin d’être comblées. Un enseignant du public titulaire d’un même diplôme que celui du privé avait un salaire mensuel deux ou trois fois plus élevé que celui de son homologue du privé. Les deux travaillant pourtant pour la même cause.
La loi de 1987 (N" 87/22 du 17 décembre) a été accueillie plus ou moins avec satisfaction par l’enseignement privé laïc et avec beaucoup de déception par l’enseignement catholique et pour cause. D’abord la nouvelle loi fait de l’octroi des subventions à l’enseignement privé une éventualité et non plus une obligation. Ce qui en clair implique que l’enseignement privé perd quelque peu son caractère d’utilité publique.
En plus la loi préconise la libéralisation des taux de scolarité. Si certains ordres d’enseignement privé trouvent satisfaction à ce point précis, c’est loin d’être le cas pour l’enseignement catholique. L’Eglise catholique considère que sa mission serait trahie si elle se voyait obligée d’élever le coût de son enseigne- ment. Cela signifie que les enfants des pauvres et des couches sociales moyennes ne pourront plus trouver leur place dans les écoles catholiques et ce n’est pas évident qu’ils seront accueillis dans l’enseignement public. Ainsi le déficit observé depuis longtemps, loin d’être comblé ne pourra que se creuser. Dans ces conditions, l’enseignement catholique ne sera-t-il pas appelé à disparaître ? Il y a plus grave, la situation des enseignants catholiques est plus que jamais précaire. Les subventions étant devenues une éventualité, les parents ne pouvant plus s’acquitter des frais de scolarité de leurs enfants, d’où viendront les fonds pour régulariser les salaires des enseignants qui du reste demeurent si maigres. Enfin la répartition en zones urbaines, semi-urbaines et rurales n’aggrave-t-elle pas l’injustice à laquelle sont soumis les enseignants depuis longtemps ? Pourtant dans le public, un professeur licencié d’un CES de Yaoundé gagne autant que son homologue du CES de Ngomedzap. Mais un professeur licencié du collège de La Retraite de Yaoundé bénéficie d’un traitement différent de celui du collège Saint Cœur de Marie de Mbalmayo, parce que le premier exerce à Yaoundé et le second à Mbalmayo, bien que les deux soient appelés à faire le même travail pour les mêmes objectifs.
Ainsi, comme on peut le constater, l’enseignement catholique au moment où l’Eglise célèbre son premier centenaire au Cameroun, vit des moments d’incertitude. La France dont le Cameroun a hérité le système en vigueur, a pourtant revu ses rouages, et a même adopté des solutions plus justes. Il n’y a plus de différence entre les enseignants du privé et ceux du public au niveau des salaires. Au moment donc où nous abordons le deuxième centenaire de l’évangélisation du Cameroun, nous avons espoir que les pouvoirs publics et les dirigeants de notre Eglise locale dans un esprit de dialogue, et dans la perspective de consolider la cohésion et l’unité nationales, trouveront une solution viable et durable pour que l’enseignement catholique mieux que par le passé, joue le rôle qui est le sien pour le plein épanouissement de notre société.
Le nationalisme camerounais naît véritablement après la 2nde guerre mondiale. Mais entre les deux guerres, on a vécu une situation unique dans l’histoire coloniale de la France. De nombreux conflits ont opposé l’administration coloniale à la mission. Au centre de ces conflits se trouvaient les catéchistes. Qui sont ces catéchistes ?
On aurait tort de les considérer comme de simples agents de la mission. Au moment où les missionnaires français prennent la relève de l’évangélisation du Cameroun, il existe déjà sur place une élite chrétienne autochtone formée par les Allemands. Cette élite est soucieuse de la défense des intérêts du christianisme et de son pays. Ainsi les catéchistes conscients du fait que la mission peut apporter des changements positifs dans les conditions de vie de leurs frères de race – même si parfois la réalité était autre – n’ont pas hésité à soutenir sans faille les missionnaires dans leur apostolat. Ce soutien n’était pas du tout du goût de l’administration coloniale qui dans un premier temps, tente de récupérer quelques catéchistes en les faisant nommer chefs traditionnels, ce furent les cas de Joseph AYISSI et de Henri TSALA, anciens catéchistes de Mvolyé. Mais les résultats seront médiocres. L’administration coloniale décide alors de démanteler le réseau catéchiste. Rappelons ici quelques textes visant à désintégrer ce réseau : l’arrêté du 24 avril 1930 de MARCHAND sur la réglementation de l’installation des postes secondaires des missions religieuses confiées à des indigènes, et le décret signé à Paris le 28 mars 1933 sur le régime des cultes dans les territoires du Cameroun sous-mandat français. Ces deux textes visaient moins les missionnaires européens que les catéchistes indigènes. Pourquoi ce vent de panique dans l’administration coloniale ? La réponse est bien simple, ces indigènes gênent au nom de leur foi chrétienne l’activité gouvernementale basée sur l’injustice et l’exploitation des colonisés. Il faudrait donc déjà voir dans le ministère de ces catéchistes une remise en question de l’ordre colonial.
S’agissant des mouvements nationalistes qui naissent après la guerre : de l’UPC* à l’UC* en passant par le BDC*, l’ESOCAM*, l’USC* etc. leurs fondateurs et plus encore leurs militants ont été formés dans les écoles catholiques et protestantes. Peut être que la mission n’avait pas toujours conscience de former de futurs contestataires de l’ordre colonial. Mais il était illusoire de croire qu’après avoir initié les indigènes à la raison cartésienne, ils allaient s’accommoder de cette injustice ambiante que l’on vivait dans tout le territoire. Nul doute que l’administration coloniale avait perçu le danger et s’était engagée prudemment à créer des établissements scolaires du 2nd degré. Aussi faut-il considérer que l’éveil du nationalisme avait été préparé par les écoles des missions chrétiennes, même si ce nationalisme n’a pas forcément cheminé dans le sens souhaité par la mission. Ruben UM NYOBE, leader de l’UPC a été formé dans les écoles protestantes. Les autres nationalistes influents de cette même période, Léonard BOULI, MONGO BETI, OS- SENDE AFANA etc., ont été formés dans les écoles catholiques. André-Marie MBIDA, leader des Démocrates Camerounais, Charles OKALA fondateur de l’USC sont sortis du moule de l’enseignement catholique. Ces quelques exemples indicatifs, mais significatifs, témoignent de l’impact de l’école catholique sur l’émancipation politique du Cameroun.
Des incompréhensions vont cependant surgir entre l’Eglise et certains mouvements politiques. Ce fut notamment le cas de l’UPC. A la suite de la lettre commune des Ordinaires du Cameroun en 1955 sur la question de l’indépendance du Cameroun et dans la- quelle l’UPC est condamnée à cause de ses tendances « communistes », des relations d’hostilité naissent entre les missionnaires et les nationalistes camerounais. Cette hostilité dégénère bien vite avec la dissolution du mouvement par le décret du 13 septembre 1955, en actes de violence dont l’une des cibles privilégiées est la mission catholique. A Douala et dans l’Ouest-Cameroun, de nombreuses écoles catholiques sont saccagées à la veille de l’indépendance. La plupart des moniteurs désertent l’enseignement catholique de peur d’être victimes de ce terrorisme aveugle. De nombreux jeunes Camerounais sont alors privés de cette sève qui pourtant avait nourri le nationalisme.
Malgré tout, l’école catholique gagne en crédibilité et voit ses effectifs augmenter d’année en année. Laissons une fois de plus parler les chiffres au cours de la décennie qui précède l’indépendance.
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1950-51 |
1951-52 |
1952-53 |
1953-54 |
1954-55 |
1955-56 |
1956-57 |
|
72.506 |
75.032 |
87.088 |
101.490 |
117.498 |
112.974 |
132.059 |
En 1960, l’enseignement catholique du premier degré comptait 159.515 élèves sur un total national de 356.093, soit 44,79%.
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1950-51 |
1951-52 |
1952-53 |
1953-54 |
1954-55 |
1955-56 |
1956-57 |
1957-58 |
|
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École normale et cours complémentaires |
299 |
407 |
566 |
705 |
1.066 |
1.506 |
1.843 |
2.270 |
|
Enseignement technique et professionnel |
190 |
208 |
245 |
316 |
452 |
479 |
716 |
917 |
En 1960, l’enseignement catholique du 2nd degré compte 2.875 élèves sur un total national de 8.456 dans les filières de l’enseignement général, et 1.164 élèves sur un total national de 4.268 dans les filières techniques.
La suite de l’histoire de l’enseignement catholique au Cameroun, vous est proposée en images soutenues de brefs historiques et notices explicatives.
Jean Paul Messina.
| De toutes les lois promulguées sur l’Enseignement privé au Cameroun, seules les deux lois ci-dessus citées ont essayé de traiter de façon globale, les problèmes liés à l’Enseignement Privé. Voici du reste les autres lois : | |
| Loi n 64/LF/11 du 26 juin 1964 sur les conditions de fonctionnement de l’Enseignement secondaire et technique, et définissant l’intervention de l’État en la matière. | |
| Loi n’64/COR/3 du 9 juillet 1964 sur les conditions de fonctionnement de l’Enseignement primaire privé et définissant l’intervention de l’État en la matière. | |
| Loi n" 68/7/COR du 9 septembre 1968 complétant la loi n. 64/COR/3 du 9 Juillet 1964. | |
| Loi n’69/2/COR du 30 Juin 1969 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n" 64/COR/3 du 9 Juillet 1964. | |
| Loi n’70/2/COR du 31 décembre 1970 portant rectification à la loi n’64/COR/3 du 9 juillet 1964. | |
| * UPC : Union des Populations du Cameroun, UC : Union Camerounaise BDC : Bloc Démocratique Camerounais, ESOCAM : Evolution Sociale Camerounaise, USC : Union Sociale Camerounaise. | |
| * Pour rédiger cette histoire, nous avons utilisé les archives des Pères du Saint-Esprit, les anciens numéros de L’EFFORT CAMEROUNAIS (de 1955 à 1962), les archives du Secrétariat Permanent de l’Enseignement Catholique et nos archives personnelles. |
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